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19 novembre 2017 7 19 /11 /novembre /2017 10:06

 

 

 

Les funérailles de Robert Falony décédé le 10 novembre 2017 ont eu lieu le vendredi 17 novembre au crématorium de Bruxelles. Sa famille et ses amis purent lui rendre un dernier hommage devant son cercueil recouvert d’un drapeau rouge.

 

 

Le nouveau bourgmestre de Bruxelles, Philippe Close, président de la section de Bruxelles-Ville du PS dont Robert était membre, prononça une allocution où il exprima son admiration, sa solidarité et son émotion à l’égard de l’infatigable militant que fut Robert.

 

 

 

Hommage à Robert Falony

 

 

 

Pierre Verhas, au nom du Club de réflexion « Osons le socialisme » dont Robert Falony fut un des fondateurs, a évoqué son parcours comme militant, comme journaliste, comme historien et surtout comme homme de bien.

 

 

Mot de Philippe Close

Bourgmestre de Bruxelles

 

 

 

Hommage à Robert Falony

 

 

 

Tu étais, Robert, une grande voix de la gauche qui savait penser contre les courants dominants.

 

Comme journaliste tu déchiffrais l’époque et tes écrits rendaient le monde moins incompréhensible aux générations de lecteurs de La Wallonie, du

Peuple ou de L’Eglantine.

 

Comprendre pour agir.

 

Le journalisme était pour toi une pédagogie du combat.

 

Souvent iconoclaste, toujours polémique, tu avais l’intelligence et la rigueur  d’un engagement socialiste constant et intransigeant.

 

L’excellence de l’analyse et la clarté de la plume donnaient une force singulière

à tes idées.

 

Elles savaient s’imposer dans le débat public, quitte à déplaire.

 

Aujourd’hui, je ne trouve pas plus bel hommage à cette vie de militant frondeur que l’image  du « vieil indien qui ne marchera jamais en file indienne » dont parlait Achille Chavée.

 

En politique, tes adversaires étaient ceux qui proclament «Tout nous est dû, mais nous ne devons rien », au risque de susciter des tempêtes et de créer des ruines…

 

Face à la déferlante néo-libérale, tu répétais sans relâche ta conviction d’un avenir meilleur par et pour le socialisme démocratique.

 

La conscience d’un monde de périls, qui a changé les hommes plutôt que ceux-ci ne l’eurent changé, tu la traduisais dans tes livres.

 

« Un demi-siècle de bouleversements » s’agissant du Parti socialiste.

 

« La véritable histoire du siècle » pour ce qui est de la grande période 1914 à

2014 marquée par les guerres, les révolutions, le progrès économique, la mondialisation, la numérisation, les menaces écologiques ou encore le retour de l’obscurantisme religieux qu’inquiétait le militant laïque résolu que tu étais également.

 

Ce va-et-vient permanent entre l’actualité du jour et les grandes tragédies du siècle tissait une conception du monde qui réservait une place centrale aux hommes et aux femmes, et à leur combat jamais achevé pour l’émancipation.

 

Au moment de te dire adieu, Robert, je sais que ta voix va nous manquer car tu laisses la gauche sans voix…

 

Reçois donc notre silence comme un dernier salut fraternel…

 

 

Philippe Close

 

 

Eloge de Robert Falony

par Pierre Verhas

 

 

 

Pierre Verhas avec Robert Falony au Club "Osons le socialisme", le 28 octobre 2017. Sans doute la dernière photographie de Robert (cliché Claude Zylmans).

Pierre Verhas avec Robert Falony au Club "Osons le socialisme", le 28 octobre 2017. Sans doute la dernière photographie de Robert (cliché Claude Zylmans).

 

 

 

Robert Falony naquit à Uccle le 16 juin 1931. Il eut une enfance malheureuse qui l’a profondément marqué suite à la séparation de ses parents lorsqu’il était très jeune. À l’âge de neuf ans, juste avant l’éclatement de la guerre, son père l’avait emmené à Lyon. Sentant venir le conflit, il avait l’intention de partir avec lui aux Etats-Unis. Mais il dut revenir en Belgique étant mobilisable. Robert est resté encore neuf mois en France puis est revenu en Belgique.

 

Après avoir terminé ses études secondaires, Robert s’inscrivit en cours du soir à l’école de journalisme et obtint son diplôme en 1949.

 

En même temps, il entra de plain pied dans l’engagement politique à l’occasion de la Question Royale. Il adhéra à la section de Schaerbeek du Parti socialiste et également aux Jeunes Gardes Socialistes où, par après, il fut appelé à exercer de hautes responsabilités. Lors des émeutes de 1950, Robert eut la fâcheuse idée de lancer un pavé sur un car de gendarmerie. Cela lui valut une semaine de prison. Il effectua ensuite un service militaire de 21 mois.

 

Démobilisé, il postula naturellement au journal « Le Peuple » en 1953 dirigé alors par Albert Housiaux et Victor Larock qui fut ministre des affaires étrangères et aussi de l’instruction publique, où il réussit l’examen d’entrée, le président de jury étant Victor Larock.

 

Il fut en tant que journaliste un spécialiste reconnu en matière de politique internationale. Il prôna toujours le multilatéralisme contre la politique des blocs. Robert Falony savait joindre la plume à l’action. Toujours militant, il fut un des principaux instigateurs des marches antiatomiques des années 1960 qui revendiquaient la dénucléarisation de l’Europe. Comme internationaliste, Robert milita aussi  pour le fédéralisme européen. Fédérer signifiant unir.

 

Il travailla pour le « Peuple » de 1953 à 1979 : par après, il écrivit dans « la Wallonie », participa à la fondation de l’éphémère « Matin » en 1998 qui disparut en avril 2001. Il fut de la courte aventure de l’hebdomadaire « l’Eglantine » en 1981-82, et enfin collabora au « Journal du mardi » d’abord hebdomadaire puis mensuel. Il rédigea plusieurs articles d’analyse politique pour le mensuel « Socialisme ». Malheureusement, ces organes disparurent les uns après les autres au point qu’aujourd’hui en Belgique, il n’existe plus qu’un seul quotidien de gauche, le journal flamand « De Morgen » et aussi le mensuel « Politique ». Il analysa sans complaisance cette crise de la presse de gauche dans un livre intitulé « Requiem pour la presse socialiste », paru en 2010.

 

Malgré cela, Robert a gardé toute sa vie le métier de journaliste dans la peau. Il a écrit :

 

« Avec un brin de nostalgie, il est permis d’évoquer l’époque où le journaliste affecté à la mise en page travaillait avec les ouvriers typographes au « marbre » à côté du fracas des linotypes. L’époque de l’imprimerie sur plomb, avant le grand tournant de la photo composition dans les années 1975-80. L’époque où on ne quittait pas la rédaction le soir sans avoir jeté un coup d’œil au télescripteur qui crachait les nouvelles sur un rouleau de papier, à longueur de jour et de nuit. »

 

Etre journaliste ne l’empêchait pas d’être engagé. Ainsi, alors qu’à l’époque, le débat faisait rage, Robert Falony eut le courage de proclamer haut et fort que réforme et révolution étaient une fausse contradiction.

 

Robert a gardé une référence  dans son parcours idéologique : Rosa Luxembourg, assassinée par les militaristes allemands avec Karl Liebknecht le 15 janvier 1919. Il cite Rosa Luxembourg dans son dernier livre :

 

« La liberté réservée aux seuls partisans du gouvernement, aux seuls membres d’un parti, aussi nombreux soient-ils, ce n’est pas la liberté. La liberté, c’est toujours la liberté de celui qui pense autrement. »

 

Ce principe fondamental, Robert l’a toujours observé.

 

Enfin, aujourd’hui où les polémiques portent sur le multiculturalisme, Robert Falony ne pouvait tolérer une vision différente philosophique ou politique qu’à la condition de respecter sans aucune restriction l’égalité hommes – femmes.

 

Le journaliste qu’il était, était aussi historien.

 

Il écrivit plusieurs ouvrages à caractère historique : « Les entreprises multinationales » en 1974, « L’effondrement du bloc communiste » en 1993, « Le parti socialiste de Max Buset à Elio Di Rupo » en 2006 et son dernier livre en 2014 : 1914 -2014 la véritable histoire du siècle en Belgique et dans le Monde paru aux éditions Jourdan, préfacé par Philippe Moureaux,  résonne aujourd’hui comme un testament politique. Il usa de cette formule « L’Histoire entérine les faits accomplis même dans leur part d’injustice. » Il y constate que l’échec de la IIe Internationale socialiste en 1914 préfigure l’échec futur de la social-démocratie au début du XXIe siècle.

 

 

Par après, avec des amis, Michel Overloop et sa consœur  Monique Discalcius, il fonda le club de réflexion « Osons le socialisme ». Robert publiait sa « lettre socialiste » mensuelle qui paraissait sur le blog « Osons le socialisme ». La dernière porte le numéro 97 et traite du centenaire de la Révolution bolchévique.

 

Il adhéra aussi au mouvement LEF – FGE (Links Ecologish Forum – Forum Gauche Ecologie).

 

Il resta toujours membre du Parti socialiste, même si, ces derniers mois, tout en restant fidèle à ses engagements, il prit ses distances à l’égard du PS dont il déplorait le manque de détermination et la faiblesse à l’égard des différents scandales qui l’ont entaché.

 

 

Robert Falony fut un militant rigoureux, fidèle à ses idées tout en gardant un esprit critique acéré. Il fut un journaliste de talent apprécié par ses pairs et par le public. Et il fut aussi un historien, car il raccrochait toujours l’actualité à l’histoire pour mieux appréhender les faits.

 

 

Robert Falony pessimiste, déçu ? Non, lucide et déterminé. S’il appréhendait sans illusions les périls qui menacent le monde, Robert Falony gardait toujours en lui une lueur d’espoir en l’humanité.

 

 

Bon vent, Robert !

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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