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21 janvier 2016 4 21 /01 /janvier /2016 11:07

Les histrions de Davos

 

20 janvier: les sommités, experts et célébrités en tous genres sont réunies comme chaque année dans la station suisse de Davos, pour cogiter sur l'état de la planète et plus particulièrement de l'économie mondiale. Cela tombe bien: la croissance est anémique, les Bourses dévissent comme des alpinistes malchanceux, la Chine va mal, dragon tombé de son piédestal, la chute des prix pétroliers désole les producteurs, la déflation généralisée rôde, les injections massives de fric par les banquiers centraux ne dynamisent plus l'économie, non plus que les taux d'intérêt à zéro...

 

Comme il faut bien proposer une perspective, c'est celle d'une "quatrième révolution industrielle". Mais tous les miracles de la technologie n'y font rien : la machine est cassée. Quel audacieux prêt à se faire siffler par la salle va proclamer que le crise ouverte en 2008 ne fait en réalité que commencer ? Que les princes qui nous gouvernent n'en ont tiré aucune leçon ? Que la multiplication des scandales de toute espèce dévoile une économie mafieuse ? Qu'il faut réhabiliter l'économie dirigée pour ne pas foncer dans le mur ? Qu'il faudra bien déposséder cette étroite minorité de possédants à la barre d'un bateau ivre, ou couler avec eux ?

 

R.F.

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6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 11:15

 

Chocs et ruptures en Europe

 

 

Ceux qui, au soir du 13 décembre, ont conclu à un échec du Front national, et croient qu'il existe un plafond à son ascension, se font sans doute des illusions. Il est devenu le premier parti de France. Il n'a emporté aucune région? Non, grâce au sacrifice de la gauche dans le Nord et en Provence, sacrifice nécessaire mais pas glorieux. Et il a enlevé plusieurs centaines de sièges de conseillers régionaux. Le Front national continue de s'implanter, de se développer. Marine Le Pen sera en tête de la course à la présidence en 2017, et le PS sera sans doute éliminé du second tour, comme en 2002.

 

Comment la gauche française en est-elle arrivée là ? Historiquement, en se coulant dans le régime présidentiel instauré par De Gaulle, sans même tenter de l'amender, de le circonscrire, comme Mitterrand aurait pu le faire.

 

Donc, l'élection présidentielle de 2017 sera politiquement ouverte. La "banalisation" du Front national ne concerne pas seulement son populisme et sa xénophobie. On néglige de s'interroger sur sa nature de classe, sur sa compatibilité avec la démocratie parlementaire, sur ce qui l'apparente toujours au fascisme classique. Ceux qui pensent "Pourquoi ne pas l'essayer ?" ignorent complètement cette hypothèque....

 

Le temps des séismes...

 

La France ne déroge donc pas à une tendance générale en Europe: celle de profondes mutations politiques. La Pologne escorte maintenant la Hongrie dans le repli nationaliste sur des valeurs identitaires. En Grèce, la scène politique a été bouleversée par l'émergence de Syriza. Le Portugal offre l'exemple d'un gouvernement socialiste soutenu par la gauche radicale. Il s'en est fallut de peu que l'Espagne, le 20 décembre, suive le même chemin: le gouvernement Rajoy a été sèchement battu, le bipartisme ne fonctionne plus. La coalition du vieux parti socialiste, lui aussi étrillé, et de Podemos, la gauche anti-austérité, est malheureusement hypothéquée par la question catalane et la rêverie indépendantiste.

 

Le terrorisme: réalité et obsession

 

Lorsque François Hollande, après les tueries du 13 novembre, proclame que la France est en guerre, ce n'est pas sans une certaine logique: l'Etat islamique n'est pas seulement une internationale terroriste, c'est véritablement un Etat qui gère et administre, en Irak et en Syrie, même avec des frontières mouvantes. Cet Etat doit être détruit par la coalition la plus vaste possible. Mais pas en compagnie de Bachar al Assad et de son clan, d'un régime qui a détruit la Syrie. Pas en compagnie de Poutine, dont l'intervention armée en faveur de Damas ne fait que prolonger cette guerre, et compliquer les données pour y mettre fin. L'E.I. est d'ailleurs "le meilleur ennemi" d'Assad, permettant à sa propagande de diaboliser toute espèce d'opposition.

 

Ainsi, la politique extérieure française au Moyen-Orient apparait comme une série d'improvisations dépourvues de cohérence.

 

Le 13 novembre appelait certes des mesures de défense intérieure fortes. La dérive sécuritaire commence lorsqu'on prétend les traduire en modifications de la Constitution, dans des termes, comme "atteintes graves à la vie de la nation" qui dans l'avenir, seraient applicables non plus aux "djihadistes" mais à toute contestation de l'ordre capitaliste établi, et quand le locataire de l'Elysée ne sera plus Hollande. En ce sens, l'Etat islamiste, ennemi de toute forme de démocratie, réussit assez bien à mettre à mal ce qui nous en reste, à détourner l'Europe de son passé de luttes révolutionnaires.

 

 

Robert Falony

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18 décembre 2015 5 18 /12 /décembre /2015 14:24

Question de vocabulaire...

 

Le vocabulaire politique officiel est truffé de mots qui masquent des contre-vérités et des faux semblant. On sait comment il faut traduire la "compétitivité" ou les "réformes", des mots clés du libéralisme économique. A ce vocabulaire, il faut en opposer un autre.

 

Prenons le cas du mot "Europe". En dehors du sens géographique, ce mot est censé désigner la construction européenne, cette tour de Babel. Il faut dire en réalité la "non Europe", car cette construction est tout sauf fédéraliste. Elle est intergouvernementale. L'ensemble constitué par le Conseil des ministres, la Commission, la BCE, le Parlement, toute cette lourde machinerie au service du grand capital mérite d'être appelée "eurocratie". Les fédéralistes ne s'y reconnaissent pas.

 

Islamisme: pas moyen d'y échapper, parce qu'il y a bien un rapport entre une religion et ses intégristes. Tous les autres termes , "djihadisme", salafisme, sont trop restrictifs, et ne rendent pas compte de ce qui est un prosélytisme conquérant à visages multiples. Dans le cas du pseudo "Etat islamique", mieux vaut utiliser son nom arabe, Daech. Quant à "radicalisation", cela peut se rapporter à n'importe quoi, "gauche radicale"...   

 

RF

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6 décembre 2015 7 06 /12 /décembre /2015 17:08

 

Les profits d'abord, le climat ensuite !

 

 

La conférence sur le climat devait être le seul sujet de cet article, mais la vague terroriste qui a frappé la France s'est inscrite en surimpression sur l'évènement. Quel symbole des folies du monde ! D'un côté le rassemblement des dirigeants de la planète, tiraillés entre la certitude qu'on va vers le désastre et la pression des intérêts capitalistes liés aux énergies fossiles, d'abord le profit et le "développement" ! De l'autre, la dérive criminelle d'individus asociaux, petits délinquants dont le cerveau primitif s'est mis au service d'un islamisme réactionnaire et dégénéré, tirant ses moyens de trafics mafieux.

 

 

Les décennies perdues...

 

 

Déjà à Rio en 1992, il s'agissait de "sauver la planète"! Que de temps perdu depuis un demi-siècle, quand les premiers signes d'une dégradation se manifestaient. C'est alors qu'on aurait du foncer vers l'énergie solaire et les éoliennes. Au lieu de cela, de Kyoto (1997) en Copenhague (2009) les gouvernements se sont contentés de demi-mesures et de cotes mal taillées. On a instauré un marché du CO 2, avec un droit d'émission... La parole des experts en climat a été contestée, contredite. Encore maintenant, aux Etats-Unis, les climato-sceptiques sont en force dans le parti Républicain. Le lobby du pétrole et du gaz demeure puissant, même si le capitalisme a fini par investir dans les "énergies vertes". Celui du charbon n'a pas dit son dernier mot.

 

 

La COP 21 n'échappera sans doute pas au genre de réussite qui consiste à se fixer des objectifs chiffrés dont on sait qu'ils ne seront pas atteints, puisqu'ils ne seront pas juridiquement contraignants. Les plus gros pollueurs que sont les Etats-Unis et la Chine (celle-ci est maintenant en tête) n'acceptent pas de contraintes, ni beaucoup d'autres. L'objectif affiché de maintenir l'élévation de la température moyenne sur le seuil de + deux degrés apparait déjà comme presque impossible à atteindre. Elle menace d'être de quatre à cinq degrés. Et les années "les plus chaudes" commencent à se suivre avec une quasi régularité.

 

 

Effets connus, expérimentés...

 

 

Les effets du réchauffement sont déjà bien connus: la Californie, l'Australie, deviennent la proie de la sécheresse et des incendies. La désertification progresse en Afrique. Les banquises polaires fondent, ouvrant de nouvelles routes maritimes. Les cyclones tropicaux se font plus violents. L'élévation du niveau de l'océan commence à submerger les fragiles archipels du Pacifique. La déforestation sévit en Amazonie, en Indonésie. Des espèces animales disparaissent. Les déchets de la société de consommation, ses matières plastiques, s'amoncellent dans les océans. Les subtils équilibres de la nature sont menacés.

 

 

Pour un autre modèle de développement

 

 

Les pays "en développement" doivent certes être aidés à réussir leur transition énergétique. Mais le "développement" en question n'est pas le meilleur modèle. Prendre comme point de départ la situation climatique antérieure à l'ère industrielle, c'est mettre en question le mode de production intensive du capitalisme, son gaspillage des ressources de la nature. C'est alors que l'espèce humaine a commencé de rompre avec son milieu naturel. La création des richesses aurait pu prendre des formes plus douces, plus respectueuses de l'environnement Et c'est ce "modèle" que l'on continue de célébrer, que les ex-pays "socialistes" ont indûment voulu reproduire, et qui est précisément le plus énergivore! Produire autrement, consommer autrement: cela est -cela devrait être- le sujet central de la conférence de Paris.

 

 

Robert Falony

 

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17 novembre 2015 2 17 /11 /novembre /2015 09:03

 

Ce que Paris a vécu en cette horrible soirée du 13 novembre est, à l'échelle de la France, l'équivalent du 11 septembre 2001 de New York. Une agression frontale contre les valeurs de la République, sous la forme du terrorisme intégral, sans même le prétexte utilisé contre "Charlie hebdo" en janvier dernier. En même temps, la population a vécu ce que vivent si souvent les habitants de Bagdad, de Kaboul, de Peshawar... ce que fuient une bonne partie des migrants.

 

Dire cela n'est pas minimiser la souffrance éprouvée. Aux morts s'ajoutent les mutilés à vie, la douleur des familles. Pour les auteurs autochtones de cette barbarie, la Syrie n'est qu'un prétexte. Oui, il s'agit d'une guerre, mais d'abord d'une guerre des valeurs. Daech, au delà des circonstances qui l'ont fait surgir et dans lesquelles les Etats-Unis de Bush ont, avec l'Irak, une large part de responsabilités, représente une fraction dégénérée de l'Islam, une dérive mortifère, suicidaire, mais alimentée par les mafias, les affairistes de tout poil. Cette idéologie a des points communs avec le nazisme. Le califat doit être détruit.

 

Doutons que ce soient la Turquie ou l'Arabie saoudite qui l'entreprennent. Ce qu'on nomme la coalition continuera sans doute d'opérer sur une jambe...

 

R.F.

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12 novembre 2015 4 12 /11 /novembre /2015 09:32

 

L'islamisme en travers de la démocratie

 

L'islamisme - défini comme conquérant et guerrier - est en travers de la démocratie. Il a fortement contribué à l'échec des "printemps arabes". On peut en faire la démonstration géographique en partant de l'ouest. En Tunisie, les attentats du Bardo et de Sousse avaient pour objectif de miner le projet démocratique et laïc dans le seul pays où la révolution a conservé une base, un projet que les islamistes détestent tout particulièrement...

 

La Tunisie est très affectée par la situation libyenne. Le gouvernement de Tripoli, dominé par le courant islamiste, représente ce type de sectarisme qui, après la chute de Kadhafi, et sous couleur d'épuration, a démoli l'appareil de l'Etat et instauré la loi des milices, jusqu'a faciliter l'installation du pseudo "Etat islamiste" dans la région de Syrte. Tous les efforts pour fusionner les autorités de Tripoli et celles de Tobrouk, plus démocratiques et plus légitimes, ont échoué jusqu'à présent...

 

En Egypte, le camp révolutionnaire, divisé et inexpérimenté, n'a pas compris, durant la première période, que son ennemi principal, c’était les Frères musulmans. Il a contribué ainsi, au moment décisif du second tour de l'élection présidentielle qui a donné une majorité à Morsi (Juin 2012) à ouvrir l'expérience lamentable du gouvernement des Frères. Rien ne fut dès lors plus facile, pour l'armée, que d'y mettre fin au bout d'un an, et de se réinstaller au pouvoir avec l'homme fort Al Sissi. On peut certes dénoncer les exactions de ce nouveau régime militaire. Mais la violence qu'il a déployée dans la répression des Frères est à la mesure de ce qu'a été leur propre violence insurrectionnelle. Entre deux maux, choisir le moindre...

 

Turquie: la droite religieuse remise en selle

 

En Turquie, Erdogan a réussi son pari de retrouver sa majorité absolue perdue en juin, en sièges si pas en voix. (49,4%). La campagne électorale qu'il a orchestrée s'est déroulée dans un climat de peur, d'intimidations, de violence, de dénis de démocratie. La marque typique des islamistes. Car Erdogan, qui se rêve en sultan, en est un: seul des gogos en firent un "modéré". Toute l'action de son parti AKP vise à effacer l'œuvre laïque du kémalisme. Sa complaisance envers le califat islamique a été notoire, et son action contre le "terrorisme" a visé bien plus la cause kurde en Syrie, et en Turquie même, que l' E.I. Notons que malgré la terrible pression des conservateurs, le parti HDP a réussi à se maintenir au Parlement comme la meilleure expression de la démocratie en Turquie. Un Erdogan "rassuré" sera-t-il plus maniable ?

 

En Syrie, l'intervention militaire de ce qu'il faut bien appeler l'impérialisme russe a encore réduit les faibles chances d'une pacification. C'est une extension de la guerre, et on ne peut se méprendre sur le sens véritable d'un engagement militaire américain parallèle, même réduit à une toute petite force. Le soulèvement démocratique contre l'abominable dictature du clan Assad a été instrumentalisé par les islamistes, vampirisé par l'Arabie saoudite, le Qatar...Finalement, l'E.I. est le meilleur ennemi de beaucoup! Il a peu à craindre d'une armée irakienne détruite par l'agression américaine de l'administration Bush, et incapable de reprendre Mossoul.

 

En résumé, le malheureux peuple syrien est victime, depuis que dure cette guerre, des intérêts particuliers et contradictoires de toutes les puissances qui sont partie au conflit: Téhéran, Ankara, Moscou, Washington... Il n'y a aucune autre perspective que de revendiquer des cessez-le feu reconductibles, des couloirs humanitaires, et d'esquisser la solution politique...

 

 

Robert Falony

 

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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 16:39

 

"Souverainisme" face à l'Europe : confusion à gauche

 

Face à l'opposition croissante et combien justifiée envers l'Europe du grand capital et la dictature budgétaire qu'elle exerce- et dont la Grèce a été la principale mais non la seule victime- une partie de la gauche se retrouve à une sorte de carrefour. "Le Monde" du 20-21 septembre consacrait toute une étude à ces ratiocinations dont les intellectuels parisiens raffolent, et dont une partie sont soupçonnés de faire maintenant le jeu du Front national. Le cas Jacques Sapir est le plus pendable, mais laissons là les jeux narcissistes. La controverse de fond porte sur le mot "souverainisme", et sur ceux qui seraient tentés par une sorte d'alliance "objective" avec la droite "souverainiste". Quelle confusion !

 

D'abord sur le sens même des mots: la "souveraineté du peuple" est une abstraction universelle, elle devrait unir les nations et donner le même sens au mot "démocratie". La "souveraineté nationale", c'est toute autre chose, c'est même le contraire. C'est la vieille "patrie" qui s'approprie jusqu'à votre vie, et vous oppose par la naissance aux autres peuples, c'est l'Etat vindicatif envers les autres nations. N'ignorons pas qu'il y a une composante de gauche, de nos jours, parmi les indépendantistes écossais ou catalans. Mais ce sont des vendeurs d'illusions. Ils ont déserté le terrain de la lutte de classe au profit d'une vieille utopie, qui dissimule souvent une certaine forme d'égoïsme collectif.

 

Sortir de la zone euro et de son carcan ? En quoi serait-ce un progrès ? Pour en revenir à la vieille spéculation monétaire intra – européenne ? Mieux vaut revendiquer la mutualisation des dettes dans la zone euro, non pas le retour à des monnaies nationales qui seraient pour la plupart dévaluées.

 

Le pire est cependant la fascination qu'exerce sur les esprits faibles le discours populiste de droite, tout pétri de haine, du Front national, avec ses faux accents de gauche. Tel le national-socialisme de la grande dépression... (Celle qui est devant nous ?). Le Front national est la dernière carte à jouer du grand capital. En quoi menace-t-il les sociétés multinationales ? Entre Le Pen fille et Le Pen père, il n'y a qu'une querelle de famille, d'ego. Une Marine Le Pen à l'Elysée, ce serait d'une manière ou d'une autre la fin des libertés démocratiques en France, à la faveur de la Constitution "monarchique" instaurée par De Gaulle pour lui-même, sottement face à l'avenir, et que Mitterrand a perpétuée.

 

La construction européenne, cette tour de Babel toujours inachevée, est une fausse Europe, mais une vraie machinerie néo-libérale. Le parlement à pouvoirs réduits est élu selon des procédures nationales et est dominé par la droite. La Commission émane des gouvernements, et le Conseil des ministres fonctionne à l'intergouvernemental. Bien avant la fatale catastrophe de l'effondrement du bloc de l'Est, l'Europe occidentale avait déjà renoncé à toute vocation fédéraliste.

 

La gauche ne doit pas perdre sa mémoire historique. Il a existé un mouvement socialiste pour les Etats-Unis d'Europe, dont les militants ne voyaient pas d'avancée vers le socialisme dans les cadres nationaux étriqués. Avaient-ils tort? Certes, et avant tout, toute question européenne doit être envisagée "d'un point de vue de classe". Mais pas d'un point de vue national ! Les néo-souverainistes "de gauche" font fausse route !

 

Robert Falony

 

Ps. Les élections portugaises viennent de voir le recul de la droite et la gauche radicale à 18%.

 

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19 septembre 2015 6 19 /09 /septembre /2015 21:33

 

Au printemps, les experts autoproclamés en économie assuraient que la "reprise" était là, alors que tous les signaux confirmaient une situation contraire, la déflation à l'échelle mondiale, la chute du cours des matières premières, la récession chinoise. Pour la Belgique, le Bureau du plan vient de revoir à la baisse la prévision d'une croissance anémique, un pour cent et une petite virgule au mieux. Masquer la réalité, ce n'est pas mentir? Le gouvernement Michel et consorts ressasse qu'il va créer des emplois. Il y a ...moins de faillites, moins de licenciements. Son frère jumeau, le gouvernement flamand, veut délester la VRT de près de 300 emplois, bel exemple de mauvais coup contre le service public. Avec de la privatisation en embuscade. L'avenir de l'usine Audi de Forest n'est pas assuré.

 

Le chômage régresse? Pour la FGTB, "les 25.993 allocataires d'insertion exclus du chômage de janvier à aout doivent être comptabilisés comme demandeurs d'emploi (...). Le chômage n'a donc pas diminué de 24.858 unités sur une base annuelle. En réalité, il a augmenté de 6.379 unités". Sans compter les chômeurs sanctionnés ou exclus. Cela donne un total de 633.000"sans travail" dans ce pays...

 

Il faut suivre de près les activités des ministres NVA. Celui des Finances bataille contre les maigres dispositions d'une introuvable "taxe Tobin" à l'échelle de l'Europe. Celui de la Défense fait le matamore face à la situation syrienne, suggère d' envoyer des forces belges. Toujours de la surenchère! Ceci nous amène à la crise des migrants - ou des réfugiés, selon les cas d'espèce.

 

La crise des migrants.

 

Migrants économiques, réfugiés de guerre. Sans revenir ici sur le fond du sujet (1), les autorités belges ont été prises au dépourvu autant que les autres en Europe, incapables de prévoir que les digues allaient céder en Turquie , au Liban et en Jordanie. Le" politiquement correct" est tombé du bon côté, avec ce miracle de la transfiguration, Angela Merkel , marâtre du peuple grec, devenant une bonne mère des réfugiés. Du moins pour commencer. Car le système de Schengen s'est bel et bien effondré. Les bénévoles ont suppléé tant bien que mal aux carences de l'Etat, à la routine bureaucratique, "Si on ne peut accueillir toute la misère du monde, au moins en prendre sa part".

 

Une nouvelle ligne de division n'en est pas moins déjà visible au sein du gouvernement, l'Open VLD, avec De Croo et Rutten, courant derrière la NVA. Car ceux là savent bien que cette crise, derrière les bons sentiments initiaux, va renforcer le courant populiste et xénophobe. De même, il y a quelque chose de suspect dans l'empressement des organisations patronales à venir en aide aux migrants, côté emplois. Une abondante réserve de main d'oeuvre à bon marché? Une pression à la baisse des salaires ? Quoi qu'il en soit, pour le meilleur -la solidarité vraie- et pour le pire, cette nouvelle forme de crise va accroître les tensions au sein de la société. Elle va radicaliser des deux côtés.

 

Et à gauche?

 

A gauche, et à gauche de la gauche, l'heure doit être à l'union contre le gouvernement des droites, contre le libéralisme sous toutes ses formes- guerre à Uber!- et non au sectarisme. Tant mieux si le PS gauchit son discours, inspiré par ce qui se passe ailleurs en Europe. Ne vendons pas des illusions: il n'y aura pas en Belgique de Syriza ou de Podemos, de ce côté le terrain électoral est solidement occupé par le PTB. Pour les autres, diffuser des idées innovantes n'est pas une tâche dérisoire !

 

Robert Falony

 

(1). "Lettre socialiste" d'avril. Ce qu'il faut ajouter: l'attitude des gouvernements des pays de l'Est est particulièrement odieuse, et conforte la thèse selon laquelle ils n'auraient pas du être admis dans l'Union européenne après l'effondrement du bloc soviétique; on disait à l'époque: "Ne pas élargir sans approfondir".

 

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9 septembre 2015 3 09 /09 /septembre /2015 23:02

 

Terreur nucléaire et guerres "de basse intensité"

 

Septante ans après le bombardement atomique d'Hiroshima et de Nagasaki, qui faisait entrer l'humanité dans une ère nouvelle (anniversaire évoqué en gommant toujours le nom d'Harry Truman qui était le signataire de cette horreur) il n'y a qu'une seule réalité fondamentale: l'équilibre dans la terreur. Sauf qu'il y a maintenant neuf Etats détenteurs de cette arme absolue, en y comptant Israël et la Corée du Nord. Et que le récent accord avec l'Iran vise à ne pas y ajouter un dixième.

 

Parce que tout utilisateur de l'arme atomique sait que la riposte aurait lieu dans l'heure, jusqu'à l'anéantissement réciproque, l'hypothèse d'une troisième guerre mondiale n'est plus tellement rangée dans les "futurs possibles" de l'espèce humaine. Pourtant, on entend à nouveau les bruits de botte et les discours de haine, les gesticulations guerrières se multiplient, démonstrations de force et gestes d'intimidation. Le nationalisme imbécile - c'est un pléonasme- se porte bien. Partout il y a des fanatiques qui, pour leur "cause sacrée", seraient prêts à déclencher l'apocalypse. De plus, l'évidence que, depuis 2008, la "crise" est récurrente rend toujours plausible la guerre comme "continuation de la politique par d'autres moyens". Bref, sans l'équilibre dans la terreur, la troisième guerre mondiale aurait pu éclater en dix occasions. A défaut, les aventuristes au pouvoir se sont rabattus sur ce que les experts appellent les "guerres de basse intensité". Sauf pour les victimes, comme en Syrie. Voyons les trois foyers d'affrontement.

 

Ukraine, Moyen Orient, confins de la Chine...

 

La thèse défendue ici ne change pas: vouloir arrimer l'Ukraine à l'Union européenne, voire à l'Otan, était une erreur fondamentale s'agissant d'une aussi grosse partie de l'espace postsoviétique, inextricablement mêlée à l'Histoire de Russie. On ne pouvait jouer que la neutralisation de l'Ukraine, éviter d'alimenter le nationalisme russe revanchard de Poutine. Celui-ci nourrit, avec le concours de l'extrême-droite ukrainienne, une "guerre de basse intensité" dans cette zone du Donbass où sévit un tenace irrédentisme prorusse. Notons en passant que la dette de l'Ukraine vient d'être allégée par les Occidentaux de 20%. Le gouvernement grec de Tsipras apprécie...

 

Tandis que l'Union européenne s'accroche maintenant aux accords de Minsk, et que Poutine a d'autres soucis, d'ordre économique et financier, Moscou et Washington se complaisent, dans le ciel et sur terre, à des activités militaires intenses, qui sont de la dangereuse bravade. La question est maintenant de savoir s'il pouvait y avoir, et s'il y a encore, dans les rapports entre les deux superpuissances, un lien entre la problématique ukrainienne et l'incendie général au Moyen Orient. Au niveau de la géopolitique, elle est complexe.

 

Syrie, Kurdistan, Irak, Yémen, et au delà Afghanistan: l'incendie est général. En Irak, l'invasion de Bush et Blair y fut pour quelque chose. En Syrie, la guerre laisse en présence le régime abject d'Assad, soutenu par Poutine et Téhéran comme la corde soutient le pendu, et des forces rebelles à dominante islamiste à des degrés divers, jusqu'aux hallucinés du califat. Ici, la prudence de l'administration Obama a confiné à l'inaction: il aurait fallu au moins imposer une zone d'exclusion aérienne. Et la Turquie d'Erdogan joue la politique du pire contre les Kurdes, contribuant, avec l'Arabie saoudite (1) au Yémen, au chaos général. Face aux désastres qui minent le "communisme" chinois, effondrement boursier et usines qui explosent, le régime réagit par la surenchère nationaliste: revendications territoriales, étalage de puissance militaire. En face, le Japon de Shinzo Abe lui donne la réplique....

 

Robert Falony

 

(1). Qui, elle, n'accueille pas de réfugiés...

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31 août 2015 1 31 /08 /août /2015 20:24

 

Le gouvernement Michel est aujourd'hui un gouvernement banalisé, avec l'aide des médias et de cette presse dite de référence qui a toujours un pied dans un camp et un pied dans l'autre. Banalisé malgré le poids écrasant de la NVA et son orientation ultralibérale. En termes institutionnels et dans un système fédéral dit d'union, on en vient à se demander par quel étrange oubli les artisans des précédentes réformes de l'Etat ont négligé de prescrire l'exigence pour tout gouvernement national d'avoir une majorité parlementaire dans les deux communautés, flamande et francophone. Ce qui s'est passé en 2014 devait leur paraître inimaginable... Banalisés aussi les ministres de la NVA, entrés dans le costume de serviteurs de l'Etat belge. L'actualité les met en vedette. Théo Francken, préposé à l'asile et la migration, réussit à faire oublier ses propos antérieurs en faisant face avec les moyens du bord à la vague de migrants qui forcent l'entrée de l'Europe, fuyant la guerre et la misère. Johan Van Overtveldt, comme ministre des Finances, s'est trouvé membre de l'eurogroupe tel un poisson dans l'eau, nettement aligné sur la position la plus dure face à une Grèce aux abois. Charles Michel fait semblant d'être un vrai Premier ministre, même si d'évidence il n'est pas capable de s'imposer face aux leaders de la droite flamande.

 

Le maillon faible de la coalition...

 

Le plus malheureux de ceux-ci est notoirement Kris Peeters, chef de file de la chétive "aile sociale" du gouvernement, et qui en est à étaler dans la presse les dissensions au sein du "kern", face surtout à l'Open VLD. Eh bien, rien n'interdit au parti social-chrétien flamand de provoquer une crise ministérielle, non pour aller vers des élections mais pour recentrer la majorité! Mais un tel objectif ne sera atteint que si la pression sociale s'accentue. Bien entendu, le Front commun syndical ne saurait l'afficher, la règle d'or séparant l'action syndicale de l'action politique. Mais la gauche politique, elle, peut tenir un autre langage: il ne faut pas subir le gouvernement des droites pendant toute une législature, cette coalition doit pouvoir être disloquée.

 

Une politique nocive mais aussi étalée dans le temps...

 

Car ce gouvernement banalisé n'en reste pas moins nocif. Au saut d'index, au recul de l'âge de la pension, aux régressions que subissent en particulier les jeunes en mal d'emploi et les femmes, les mesures budgétaires de l'été viennent d'ajouter la hausse à 21% de la TVA sur l'électricité. Et cependant, la population tarde à ressentir toute la nocivité de cette politique euro-libérale: car elle est étalée dans le temps, l'avenir est comme jonché de mines à retardement. Mais le monde associatif souffre déjà durement des réductions de subsides. Autre tendance lourde: le pouvoir fédéral reporte les difficultés financières sur les communes, sur les CPAS. Le "tax shift" n'a été, selon la direction des syndicats libéraux, qui dénonce le manque d'esprit social du MR actuel, qu'un "coup d'épée dans l'eau". Les prévisions budgétaires sont brumeuses et aléatoires, dans l'illusion d'une "reprise" démentie par l'actualité la plus immédiate, sur fond de dépression mondiale...

 

Impossible de prévoir comment va s'opérer la "rentrée sociale" et quel sera le degré de la remobilisation syndicale en vue de l'action d'octobre. Mais si on y ajoute la somme des mécontentements "corporatifs" - exemple: les producteurs de lait- elle peut encore être explosive.

 

Robert Falony

 

Ps. Un second article sera consacré au mensonge de la "reprise" sur fond de déflation mondiale...

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